Découragement...

Publié le par E.M.


Les enseignants peuvent être de 3 catégories : les titulaires, les contractuels et les vacataires (qui ne peuvent enseigner que 200 heures par an pour un salaire annuel de 6000 euros environ soit 500 euros par mois). Les deux premières catégories ne peuvent enseigner que sur des Heures Poste (HP) et ne peuvent faire des HSA (heures supplémentaires) que s’ils sont à temps plein. Dans l’académie de Bordeaux, près de 500 contractuels n’avaient pas, le jour de la rentrée, de poste. Une semaine avant cette rentrée, le bureau académique du SNETAA connaissant cet état de fait, avait décidé de les soutenir par une manifestation devant le rectorat dès le mercredi 3 septembre. Oui, comment ne pas répondre et tenter d’aider rapidement des collègues qui se retrouvent sans travail, alors qu’il existe de réelles possibilités d’emploi. Les “heures” existent, mais le ministère incite les titulaires à prendre des heures supplémentaires ou, en cas de refus de la part d’enseignants conscients de l’intérêt général ou ne cédant pas aux différentes pressions de leurs supérieurs hiérarchiques, préfère embaucher des vacataires beaucoup plus malléables et corvéables à merci, et surtout, qui coûtent beaucoup moins cher... Mais un vacataire n’a aucune formation pédagogique, même s’il possède la plupart du temps, mais pas toujours, le niveau requis et la culture nécessaire pour enseigner. N’oublions pas que pour être un “bon” enseignant, il ne suffit pas d’avoir des diplômes et qu’il est très souvent inutile d’avoir plus d’un bac + 3 pour enseigner au niveau du lycée...

Pour que cette action décidée par le SNETAA de Bordeaux  soit le plus efficace possible, nous avons, avant la rentrée, communiqué aux autres syndicats cette volonté d’action. Seul le SE-UNSA a rapidement répondu positivement. Lors d’une intersyndicale académique à laquelle j’ai participé pour le SNETAA, j’ai profité que certains s’indignent du nombre exagéré d’heures supplémentaires, du nombre impressionnant de vacataires embauchés à cette rentrée ainsi que du problème des contractuels, pour rappeler qu’il était prévu, à ce sujet, une manifestation devant le rectorat... Ils ont écouté, mais cela est resté sans suite... Ce mercredi, nous étions donc devant le rectorat. Nous, je veux dire une vingtaine de collègues seulement... Une délégation a quand même été reçue par le secrétaire général du rectorat (n°2 du rectorat). Bien sûr, comme les ordres viennent du ministère, il est facile pour un rectorat de se défiler... Mais, comme nous savions que notre ministre devait être à Bordeaux quelques jours plus tard, nous avons demandé une audience à “Dieu le père”... Elle a été acceptée ! Elle a eu lieu vendredi en fin de matinée...

Devant le peu de motivation de nos collègues à lutter pour l’intérêt général, j’avoue que le découragement est en train de me  gagner. Je ne veux pas trop critiquer les uns ou les autres, car je sais que ce n’est facile pour personne. Il y a moins de 10 ans, mon comportement était le même que celui, actuel, de la majorité de mes collègues. Le mercredi après-midi, il y a les gosses à garder, il y a les cours à préparer, il faut se reposer pour pouvoir continuer la semaine... Bordeaux est un peu loin pour certains et puis il y a toujours des embouteillages... Et le temps était pourri ! Oui, nous nous sommes mouillés, oui nous avons eu pas mal de circulation et oui nous n’avons pas eu de temps à partager avec nos familles.. Oui, je comprends... Je comprends aussi mes collègues qui acceptent des heures sup parce qu’ils estiment qu’ils ne peuvent pas continuer à gagner aussi peu... Ils ont besoin de faire vivre leur famille de manière décente ! Oui, tout cela je le comprends... Mais je trouve insupportable que ceux qui se retrouvent au chômage après 6 ans de bons et loyaux services, ceux qui pourtant ont été régulièrement admissibles au concours et qui se sont fait rétamer à l’oral sans explication, ceux qui pensaient qu’ils avaient pourtant fait la preuve de leurs compétences devant les élèves, ceux que l’Etat a laissé face à nos enfants sans aucune inspection, je trouve insupportable que tous ces gens-là soient laissés presque seuls face à cette administration qui refuse de comprendre l’intérêt général et l’intérêt particulier qui sont ici indissociables. Je le répète, il y a du travail, mais l’Etat préfère embaucher des travailleurs qui coûtent moins cher au mépris de nos enfants !

Je comprends également que si nous continuons à avoir des comportements aussi individualistes, si nos syndicats continuent à ne pas comprendre qu’il faut éviter les conflits de boutique et avoir le sens du “combat” unitaire, si nous ne nous organisons pas efficacement contre ce pouvoir, alors notre avenir, celui de notre société toute entière, s’annonce catastrophique ! Il serait souhaitable que nous réagissions avant qu’il ne soit trop tard...

Publié dans Syndicalisme

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F
courage on est des professionnels ! on fera bien ce que l'on a pas envie de faire comme d'habitude !c'est vrai à force on a bien envie de basculer du coté obscur de la force....mais nos eleves savent bien faire la difference !  le reste n'est qu'une question de temps hélas...
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F
Les ministres successifs ont cyniquement imaginé votre statut pour cela. Votre situation est inacceptable mais il faut avoir conscience que les parents qui envoient leurs chères têtes blondes à l’école ne le savent pas. Ceux qui le savent sont satisfaits d’avoir un enseignant pour faire cours et ne s’inquiètent bien égoïstement pas de leur statut. Je pense qu’il faut dénoncer, dénoncer sans cesse faire comprendre que vous ne méritez pas d’être autant méprisés. Les parents qui ont tant à cœur de voir leurs enfants réussir devraient le comprendre. Alain
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E
<br /> Oui Alain, je crois que tu as bien compris que pour qu'un enseignant soit "bon", il faut qu'il soit serein. La sérénité est de moins en moins présente dans nos établissements scolaires. Faire<br /> comprendre cela aux parents est très difficile.<br /> <br /> <br />
E
Ci-dessous, voici un témoignage que le SNETAA Aquitaine a reçu par mail :<br /> « Nous tenons tout d'abord à vous remercier de votre action en notre faveur. Nous sommes toutes 2 contractuelles en Lettres-histoire et nous ne savons plus du tout où nous en sommes en ce moment... <br /> Les infos contradictoires du rectorat ne nous aident pas. Personne ne semble s'émouvoir du drame que nous vivons. Nous ne savons pas comment nous allons faire pour vivre cette année, après avoir rendu 2 années de bons et loyaux services à notre ministère...Nous avons la sensation que nos emplois sont un "cadeau" du rectorat et qu'il est légitime de nous les reprendre sans ménagement... <br /> Si nous avons travaillé jusque-là, c'est que les lycées avaient besoin de cette main d'oeuvre, il ne faut pas l'oublier... <br /> La précarité n'est pas un choix, c'est une tragédie au quotidien si l'on pense à tout ce qu'elle engendre: incertitude professionnelle, financière, besoin de "plaire" sans cesse au rectorat ET aux proviseurs, autonomie totale dans la préparation des cours...et pour finir, peur du chômage et manque de perspectives d'avenir... <br /> Nous sommes assez qualifiés pour faire cours et corriger le BAC (cela m'est arrivé dès ma 1ère année alors que je n'enseignais qu'à mi-temps !!!) mais sommes jugés insuffisamment qualifiés pour réussir le concours... <br /> Où est la logique? Que valons-nous vraiment? Serions-nous une main d'oeuvre de 2nde catégorie qui sert uniquement à remplir le vide laissé par le manque de titulaires, sans autre avenir que le chômage au bout du chemin ?<br /> C'est une situation moralement invivable...Nous avons passé nos vacances dans l'angoisse de ne pas avoir de travail (à quoi s'ajoute le non versement du salaire de juillet + août pour certains...erreur informatique ?...) et sommes en train de voir le cauchemar se prolonger... <br /> Il faut arrêter cela au plus vite ! Nous serons présentes (même si pas encore syndiquées...) ce mercredi auprès de vous et n'hésiterons pas à exposer notre situation au recteur si besoin... Espérant ne pas être convoquées le même jour à l'ASSEDIC afin de nous inscrire... <br /> Merci pour nous tous de votre énergie déployée ces dernières semaines pour tenter de nous sortir de ce mauvais pas... » 
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E
bravo pour ton acharnement sur une cause juste comme tant d'autres, même si le combat est mal embarqué!
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E
<br /> Ce combat ne semble pas avoir été complètement inutile, car depuis, des contractuels ont été embauchés...<br /> <br /> <br />
J
eric j'aprouve et partage tes propos et tes déceptions mais surtout ne laches pas saches qu'il faut beaucoup de temps et d'explications; mais les enseignants le savent et tu verras je sais que tu réussiras à faire avancer les choses; même si rien n'est acquis définitivement.je vous souhaite à tous de vous unir et de vous soutenir malgrés vos différences car si l'on gratte un peu elles ne sont pas si loins les unes et les autres
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E
<br /> Oui, il suffirait d'un peu plus de bonne volonté pour que nous soyons plus constructif...<br /> <br /> <br />