Stratégie syndicale ou méthodes de voyous ?

Publié le par E.M.



Devant la quantité énorme de travail qu’il est nécessaire de fournir actuellement pour défendre nos collègues, nos élèves et d’une manière générale l’enseignement professionnel, les responsables académiques du SNETAA de Bordeaux ont eu besoin d’un peu de renfort. Depuis quelques mois, je participe donc de très près au fonctionnement de mon syndicat. Pour l’essentiel, j’ai eu pour mission de participer aux différentes intersyndicales académiques. J’ai donc pu rencontrer plusieurs fois les “cadres” académiques de FO, CGT, FSU (SNES), SE-UNSA, CFDT et SNALC. Depuis le début de l’année, le protocole de discussion sur la rénovation de l’enseignement professionnel que nous avons signé, ne permet plus d’avoir des accords intersyndicaux sur des actions communes. Pourtant, il y aurait actuellement plein de raisons de s’entendre tellement les attaques gouvernementales sur l’Education Nationale sont importantes. La réduction des moyens à “structure égale”, la transformation de postes en heures sup et la suppression de tout un tas d’options en sont des exemples. Mais à chaque fois que nous avons participé à une intersyndicale dans le but de trouver une base commune de revendications permettant de mobiliser un maximum de collègues, les syndicats non signataires du protocole ne pouvaient s’empêcher d’y mettre le refus de l’ouverture des Bac Pro 3 ans. Autant dire que toutes ces rencontres étaient donc complètement stériles ! Oui, comment est-il possible d’imaginer que d’un côté nous puissions travailler avec le ministère de l’Education Nationale sur la rénovation de l’enseignement professionnel, dont les Bacs Pro 3 ans font partie, et que de l’autre nous puissions être dans la rue pour refuser ces mêmes Bacs Pro 3 ans ? Et bien certains syndicats, habitués au “grand écart” entre les discours et les actes, arrivent très bien à l’imaginer ! En tout cas, ce qui est sûr, c’est que cet entêtement à refuser de trouver un accord minimum, nuit à l’intérêt général. Quand en plus on sait qu’aucun syndicat n’est contre ces Bacs Pro, mais que presque tous sont contre leur généralisation, il est difficile d’accepter qu’une simple histoire de stratégie syndicale puisse avoir autant de répercussion négative sur le terrain.

Mais il y a encore pire. Il y a une quinzaine de jours, un lycée professionnel de la rive droite de Bordeaux, après plusieurs jours d’actions, dont quelques-uns à faire grève, a demandé de l’aide aux différents syndicats. Seul le SNETAA a, semble-t-il, entendu son appel... En tout cas, je suis allé à la rencontre des collègues. Il s’agit d’un exemple parfait de la politique de diminution des moyens voulue par notre chanoine national. Oui, cela n’a rien à voir avec l’ouverture ou non de Bacs Pro 3 ans (ils les ont refusés en conseil d’administration comme une majorité des LP d’Aquitaine), il s’agit simplement d’une suppression de postes pour faire soi disant des économies. Ce LP qui a pourtant tous les labels (ZEP, ambition réussite) nécessaires à une non diminution des moyens (dixit Darcos), doit se retrouver, dès la rentrée 2008, avec moins d’adultes encadrant les élèves ! Sur leur zone géographique, leurs actions avaient déjà porté leurs fruits, plusieurs établissements scolaires semblaient prêts à manifester à Bordeaux. J’ai donc proposé que le SNETAA s’occupe de toute la logistique (demande d’audience auprès du Recteur, déclaration du parcours de la manif en préfecture) et je me suis engagé à demander aux autres syndicats de faire un appel académique pour les soutenir. Ce que j’ai fait dès le lendemain dans les locaux de FO où une intersyndicale était censée se tenir. En fait, seule FO et la CGT étaient au rendez-vous. Malgré tout, j’ai exposé le problème et j’ai essayé avec vigueur de convaincre les deux autres... La CGT qui avait oublié qu’elle appelait le même jour à une manifestation au sujet des problèmes des retraites, était pratiquement convaincue jusqu’à ce que FO lui rappelle son engagement ! Oui, les deux représentants m’ont alors affirmé qu’il était impossible pour eux de faire deux appels la même journée... Je suis donc reparti déçu, tout en leur ayant affirmé que nous maintenions quand même notre appel (date et lieu annoncés) pour aider nos collègues. Or deux jours après, lors d’une autre intersyndicale où en plus de FO et de la CGT, le SNES était présent,   mais où nous étions absents car pas au courant de l’heure (après changement), la décision d’appeler à une manifestation le même jour que le SNETAA, mais ni à la même heure, ni au même endroit, fut prise ! Oui, faire deux appels la même journée ne semblait plus poser de problème ni à la CGT, ni à FO ! Ces syndicats avaient donc décidé de prendre le risque de la division syndicale. Pire, ils affichaient là un profond mépris pour nos collègues en lutte depuis plusieurs jours et qui avaient demandé de l’aide à l’intersyndicale académique ! Mais comme le SNETAA était porteur de la demande, l’orgueil de certains l’a emporté sur l’intérêt général !

Si j’écris tout cela, ce n’est pas du tout pour répandre l’idée que les syndicats sont des organisations qui pensent davantage à leurs “affaires” qu’à l’intérêt des gens pour lesquels ils sont censés exister, mais au contraire pour essayer de montrer que pour qu’un syndicat fonctionne comme il doit fonctionner, il faut qu’il y ait de plus en plus de syndiqués qui s’impliquent réellement et qui surtout demandent régulièrement des comptes à leur organisation ! Dans l’exemple que je viens de vous raconter, les collègues qui étaient à l’initiative de cette action, qu’ils soient syndiqués ou non, ont été très déçus par ce cafouillage syndical ! D’ailleurs, dans le cortège “SNETAA” des drapeaux CGT, FO ou SNES étaient présents. Beaucoup, pas forcément syndiqués, étaient venus soutenir l’action remarquable de nos collègues et n’avaient que faire de ces histoires... syndicales ! Enfin, il me faut quand même vous dire que certains étaient là pour mettre un peu la pagaille ! Oui, les syndicats aux méthodes ressemblant à celles de voyous ayant réussi à obtenir une audience placée une heure avant celle obtenue par le SNETAA plusieurs jours avant, et le cortège n’allant pas assez vite pour être au rendez-vous, certains militants du SNES se sont employés à bousculer le rythme prévu ! Oui, je suis d’accord avec vous, c’est petit petit... Enfin au résultat, 250 personnes dans le cortège “SNETAA” (dixit RG) et seulement 50 personnes devant le rectorat (appel des autres).

Depuis que j’appartiens au bureau académique du SNETAA, je n’ai vu dans nos réflexions, nos débats, nos décisions ou nos actions que sincérité et honnêteté. S’il en avait été autrement, ou si un jour il devait en être autrement, je quitterais sur le champ ma fonction au SNETAA ! Un syndicat ne doit pas ressembler à un parti politique où la fin justifie trop souvent les moyens ! Un syndicat doit avant tout respecter ses adhérents ! Certes, il a des mandats à porter et à défendre, qui sont d’ailleurs normalement connus par tous puisque votés lors des congrès nationaux avant d’être publiés, mais il faut aussi et surtout qu’il défende l’intérêt des collègues, c’est-à-dire l’intérêt général ! Il est de plus en plus difficile de mobiliser nos collègues pour des actions qui ne les concernent pas directement et/ou immédiatement. Il est donc très important que les responsables syndicaux fassent de réels efforts d’honnêteté intellectuelle dans leur stratégie, et de clarté dans leur communication ! Ceux du SNETAA le font déjà depuis presque... toujours !


Publié dans Syndicalisme

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E
@ professeur en colère<br /> Votre commentaire est intéressant, mais il me semble hors sujet !<br /> Ce que je raconte dans cet article est du "vécu". Je parle d'un évènement très précis et de rien d'autre. J'ai toujours détesté le mensonge et les calculs d'ordre syndical ou politique me sont complètement étrangers. Oui, votre commentaire prouve que vous ne me connaissez pas, car ceux qui ont le plaisir de me fréquenter (;-)), même s'ils ne m'aiment pas toujours, me reconnaissent au moins une qualité (ou un défaut pour certains), c'est la sincérité ! Je ne sais pas mentir !<br /> Que vous demandiez aux autres, FO & CGT, ne vous apportera pas grand chose, car je suis persuadé qu'il est impossible de faire confiance à des syndicalistes qui ont été capables de faire ce qu'ils ont fait lors de ces évènements. S'ils ont été simplement maladroits, ils auraient au moins pu téléphoner pour s'en excuser !<br /> De toute manière, je n'ai même plus envie de débattre de cette histoire car je crois avoir tout dit et écrit, mais je saurais m'en souvenir lorsque je serais confronté à des situations similaires.<br /> Pour la rénovation de l'enseignement professionnel, et non simplement pour les "Bac Pro 3 ans", je me tiens à votre disposition pour en discuter à condition que vous ne partiez pas avec les a priori que nous entendons trop souvent chez ceux qui n'ont pas évolués depuis plus de 6 mois... Oui, je ne sais pas encore si le SNETAA a eu raison de signer cet accord, mais s'il l'a fait, c'est avant tout pour ne pas laisser le champ libre à ceux qui voulaient détruire l'enseignement professionnel !
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U
M. Mouchet<br /> Je ne vous connais pas mais il serait plus honnête de dire toute la vérité pour que toutes et tous puissent juger des faits en parfaite connaissance de cause. Il est bien aisé de vous présenter comme la colombe blanche et votre syndicat pour un modèle de dialogue et de lutte.<br /> Voici la réalité.<br /> Vous dites "Mais il y a encore pire. Il y a une quinzaine de jours, un lycée professionnel de la rive droite de Bordeaux, après plusieurs jours d’actions, dont quelques-uns à faire grève, a demandé de l’aide aux différents syndicats. Seul le SNETAA a, semble-t-il, entendu son appel..<br /> Le lycée en question est le lp J Brel de Lormont. En mouvement comme nombre d'autres Lp de la CUB il a vu se mobiliser des collègues syndiqués et non syndiqués. Parmis eux des syndiqués CGT et FO qui ont toujours été présents dans les luttes du lycée depuis de nombreuses années avec une liste au CA (ce qui n'était pas le cas du Snetaa). Une coordination des luttes était prévue de longue date puisque une AG d'établissements regroupant St Médard, Camille Jullian et d'autres etb de la CUB ouest avait prévue de se mobiliser ce même jour pour s'opposer au Bac Pro 3 ans et aux suppressions de postes et de BMP. St Foye la Grande était prévue également et le rendez-vous lancé avant les vacances. <br /> La question n'est pas question pour moi de distribuer les bons points aux syndicats car je ne roule pour aucun, mais de rendre à chacun la part juste qu'elle mérite. Sur la question du Bac Pro vous avez eu tort et vous avez engagéle plus grand nombre dans une démarche que vous seuls partagez avec il est vrai un syndicat de proviseurs et un autre syndicat très minoritaire et non représenté chez les plp. Dans la lutte des camarades du Snetaa ont fait grève contre le bac pro 3 ans aux côtés de CGTistes, FO, snes, snuep, unsa et j'en passe. Vous vous accordez 250 personnes dans le cortège "Snetaa"! De quel droit vous vous octroyez et la paternité et l'adhésion syndicale des participants à la manifestation contre le gouvernement et non à l'appel du Snetaa pour un protocole d'accord avec ce "gouvernement". L'honnêteté et la démocratie c'est de prétendre parler au nom de ceux qui vous ont mandaté. Vous n'êtes en rien l'avant-garde éclairé ni le snetaa, ni vous-même Monsieur mouchet.<br /> Je neuis pas syndiqué snetaa mais si vous pensiez réellement à l'intérêt général vous seriez aller avec les autre syndicats devant le reste et non seuls car le Rectorat avait bien accordé une audiences aux parties engagées dans la lutte. Agir seul ce n'est pas créer un rapport d eforce mais vouloir la reconnaissance officielle de ceux qui nous écrasent. Pas sûr que je me syndique un jour face à de tels comportements. J'ai toujours lutté avec toutes celles et ceux qui faisaient preuve de solidarité et de générosité dans les luttes en défendant des idéaux républicains mais sans ambition de pouvoir. Ainsi, en 2000, 2003; 2004 j'ai lutté avec des camarades de Sud, FO, de la FSu, de la CGT et même de la CFDT et ...du Snetaa. Les convergences de luttes ont sû réveler ce qu'il y avait de meilleur en nous et de plus humaniste. Mais là, ce déballement d'opportunisme, d'accusations électoraliste, de sous-entendus peu courageux et pour finir de trahison avec le bac pro 3 ans m'incitent à croire que votre jeu n'est pas le mien et que votre intérêt est de rester majoritaire. Vous le serez et demeurerez par stratégie et malhonnêteté. Je serai curieux d'assister à débat public entre syndicats pour voir comment vous tiendriez la confrontations d'idées et d'arguments.<br /> Ne vous inquiétez surtout pas pour mon impartialité dans cette affaire car je vais également adresser un mail aux deux syndicats que vous mettez en cause lors de l'intersyndicale en question à savoir FO et la CGT. Pas sûr d'avoir la même version...mais je vous tiendrai informé de leur réponse.<br /> Ce n'est pas par manque de courage que je ne vous donne ni mon nom, ni mon mail mai contrairement à vous je ne suis pas une personne publique et je n'ai jamais aspiré à paraître au grand jour sans pour autant critiquer ceux qui le font.<br /> Vous le faites et cela vous honore. Vous publiez en vous exposant publiquement à la lumière. Acceptez que l'on vous réponde depuis l'ombre. Vous pouvez bien évidemment répondre à ce texte. Je saurai éventuellement vous rendre la politesse et à l'occasion si je vous rencontre personnellement dan sdes luttes m'entretenir courtoisement de certains sujets qui nous tiennent à coeur ...<br /> <br /> Bien cordialement<br /> Un professeur en colère et en lutte
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F
L'unité syndicale c'est comme l'unité de la gauche pas pour demain. Hégémonie quand tu nous tiens
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E
@ militant groupe des 10<br /> J'adhère complètement à la Charte des Valeurs SNABF Solidaires !
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M
Les syndicats dans leur fonctionnement ressemblent trop à ce qu'ils dénoncent. Les militants, se font avoir car eux aussi ils croient que le monde peut changer dans des structures qu'ils croient adéquates. Bref il serait temps que la ploutocratie syndicale se retire, tous ces syndicats confédérés ne représentent plus grand chose à part quelques bastions sponsorisés. Bref, les syndicats alternatifs du groupe des 10 progressent mais exploseront sans doute un jour, tant ils sont torpillés dès lors qu'ils ont une certaine importance. Les syndicats anarchistes progressent chez les jeunes qui ne trouvent plus dans les syndicats actuels des réponses à leurs questions. En politique comme dans les syndicats trop souvent les élus oublient par qui ils sont élus et surtout pour quoi faire. Clientélisme, cumuls des mandats maladies à soigner d'urgence pour rendre crédible l'utilité des syndicats mais aussi des partis politique. Il faudrait vous rendre sur http://mouvement-social.univ-paris1.fr/document.php?id=199 ou essayer de vous procurer un rapport sur le syndicalisme "les syndiqués en france 1990 - 2006). @bientôt dominique
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